Jean Goulet-Mauboussin initie successivement ses deux fils, Alain et Patrick, à la gestion de l’entreprise familiale. De cette nouvelle donne surgira une vitalité due à l’élan et la jeunesse des deux frères. Ils vont savoir formuler l’essentiel sur un bijou par un langage simplifié, immédiatement compris. Pas de surcharge décorative superflue mais des qualités tactiles, des rondeurs, du vécu, pour répondre à des émotions nouvelles. De ce changement de génération naîtra une vedette : la bague Nadia, laquelle doit son nom au mariage de la nacre et du diamant dont on a associé les deux premières syllabes. Ces deux matières, dont l’une est précieuse et l’autre non, vont accomplir leurs accordailles autour d’un anneau en or jaune. C’est tout… Elle incarne la toute-puissance d’une œuvre complète tant elle est vérité dans un contexte politique où l’Etat – providence  réapparaît : la génération Miterrand valorise l’individualisme, jusqu’au « cocooning ». Par sa forme refermée sur elle-même, son serti parfaitement clos, elle répond en même temps, par sa douceur au toucher et à l’œil, à la tendance comportementale de son temps et au désir de féminisation des sentiments. Tout en restant précieuse, la bague Nadia est proche de l’intime, humaine, lumineuse par les reflets lunaires de la nacre : ce n’est pas un bijou d’apparence. Il est authentique, écologiquement irréprochable et universellement compris : Mauboussin a su toucher les femmes dans le monde entier.

Dans les années 1990, la Maison Mauboussin va suivre un parcours atypique qui commence très exactement au moment où l’entourage du Sultan de Brunei se laisse séduire par la qualité et la créativité des bijoux proposés par Patrick Mauboussin. Plusieurs dessinateurs supplémentaires sont engagés, le studio de dessin en comptera jusqu’à six. Des ateliers sont ouverts, puis de nouveaux magasins à Taipei, à Séoul, avenue Montaigne. Allant à l’encontre du minimalisme emprunté qui caractérise la période, on invente des formes sinueuses, des associations de couleurs frondeuses.

En 1994, Mauboussin devient réellement horloger. L’aventure est menée par une équipe d’hommes passionnés, présidée par Alain Mauboussin et dirigée par Richard Mille. Le mot d’ordre : allier la haute technicité suisse à la créativité française. Esthétiquement, une nouvelle famille de montres est créée, une gamme vaste et identifiable, destinée autant aux hommes qu’aux femmes dans des versions toniques pour le sport, automatiques pour le chronomètre, scientifiques pour le chronographe, élégantes et ultra-plates pour les soirées. L’unité visuelle est recherchée, reconnaissable dans le fileté et la rondeur de la lunette, d’une élégance sobre. De cette première famille naîtront d’autres développements, parmi lesquels la montre Lady M et en 1999, la montre Fouga, plus virile, avec ses formes épaulées et ses godrons crantés.